PÊCHE EN EAU DOUCE :
RECITS DE VOYAGES : Retour de DJIBOUTI 

Comme beaucoup, ça faisait tellement longtemps qu’on y pensait qu’il était difficile de croire qu’on allait vraiment y aller. Les choses ont commencé à se concrétiser avec l’achat du matériel : on risquait de doubler le prix du voyage, heureusement que, de salon en magasins et des occases des copains aux annonces du Web, Nico a déniché quelques bons plans. Il y avait bien sûr ces énormes poppers (surface bull, GT minow, dumble pop…) et leurs couleurs flashy, ces jigs, beaux comme des bijoux, ces cordelettes en guise de tresses (assist line varivas) et ces triples rutilants piquants (owner st 66 sans ardillons) comme les nageoires d’un bar. Tout ça dans des boites, avec l’anti-moustique et la peur de dépasser les 30 kg maxi autorisés à l’enregistrement à l’aéroport.

Et puis un beau jour on était à Charles de Gaulle ( ?) : la fesse piquée contre la fièvre jaune et le tube de cannes à l’épaule chargé de nos 30lbs, speed master 25-125g +spheros 8000, de nos 60 et 80lbs lesath xh et xxh + stella 20000, de nos jigging beast master 183hs et 183mhs + spheros 12000,  qui vous fait dévisager comme un pirate de l’air bazookiste. Destination : Djibouti, un plan pas trop cher, pas trop loin, et avec des techniques pas trop dépaysantes par rapport à la pêche du bar aux leurres que nous pratiquons sur la côte Normande.

6 heures de vol nocturne et déjà il fait jour et sous les ailes de l’avions nous dévorons des yeux l’eau turquoise de la mer rouge et du Golf d’Aden, et surtout ces petits archipels de cailloux pelés, avec ces récifs, ces bancs de sable, ces eaux bleue et vertes où c’est sûr que jamais un popper n’a été lancé et où les carangues doivent mourir de vieillesse. Formalités rapides à l’aéroport sous une chaleur déjà terrible, prise en main efficace de l’équipe de Safari World Image et rapide trajet en mini-bus vers le port, avec juste le temps de voir qu’on est bien en Afrique, et qu’il y a un monde entre eux et ceux qui comme nous ont assouvi leurs besoins primaires et peuvent se payer ce luxe de passionnés.

A peine 40 min de bateau sur une mer turquoise et plate et voilà déjà les îles Maskali et Musha, où Henry de Monfreid cachait son boutre pleins d’armes de contrebande et expérimentait l’élevage des huitres perlières.


Il est à peine 9h30 du matin, accueil très sympa de notre hôtesse Gassira et du barman Kessié, qui nous briefent efficacement sur le fonctionnement du village et, 2 par 2, nous prenons possession de nos cases climatisées, tout confort, avec douche et toilettes. Nico et moi, les deux novices,  sommes voisins d’Eric, notre guide, et de Bernard, notre maître en pêche exotique. Ils sont déjà en train de monter les cannes légères, les bougres. Allez, on ne va pas les laisser tout seuls. Un petit conseil pour refaire les nœuds pourtant maintes fois révisés, un espèce de grand  poisson nageur, inconnu (mais réarmé en owner ST 56), acheté au rabais dans une solderie pour commencer et hop, à 30 m du bungalow, premier lancer en petit groupe dans l’eau turquoise.

Tiens, les collègues aussi ont laissé tomber la sieste, voilà Frank, puis Georges, et voilà aussi Patrick et Gérard. Et vas-y que je te lance dans tous les sens au travers des petites criques. C’est quoi cette drôle de tête qui émerge ? Une tortue balaise qui repart pour une bonne apnée. Je m’applique sans trop y croire, pour faire comme les autres, même si Eric nous encourage. Allez, un bon lancer entre ces deux patates de corail que j’atteins sans problème. Comme au bar le long de herbiers, des petites animations histoire de et… Pan ! quelle choc, quelle attaque, et cette force, c’est trop bon, je n’y crois pas, c’en serait quand même pas une, allez il faut brider le poisson pour ne pas qu’il rejoigne les récifs, je marche avec lui, en le tenant en laisse là-bas au loin, canne haute. Quels coups de tête encore, quelques derniers petits rushs dans la crique et voilà le poisson sur le flancs, rond, argenté, haut et large.

C’en est bien une, de petite Ignoble que j’échoue sur le sable blanc de cette mini-plage. Qu’elle est belle, 5-6 kg sans doute, je ne l’oublierai jamais celle-ci, qu’Eric et Nico me décrochent en contrebas avant que je vienne la caresser un petit coup. Et la voilà qui repart sans demander son reste. Je n’en reviens encore pas. J’en prendrai une autre dans cette petite heure de pêche, et Frank aussi en prendra une je crois. La première sortie sérieuse est pour le lendemain à l’aube, en attendant, après le repas avec Nico, on fait une petite reconnaissance de pointes en criques le long de l’île, et on perd quelques leurres dans la gueule de gros mérous costauds que rien n’empêche de regagner leurs trous, ou aux becs de quelques poissons qui filent droit vers le large et qui, sans bénéficier d’un peu de réussite, semblent un peu trop puissants pour être pris du bord avec ce matériel de 30lbs relativement léger.


Au souper tout le monde est impatient et l’ambiance survoltée, d’autant qu’Eric nous chauffe délicatement avec quelques histoires de captures tropicales. Le sommeil est long à venir avec la chaleur ambiante, mais malgré  tout pas besoin de réveil à 5h30 pour avaler vite fait un copieux petit déj. et sauter 2 par 2 dans les coques ouvertes longues de 7 à 9 m. Cette fois c’est du sérieux, Eric nous accompagne ce matin et Hussein nous pilote. Direction : le banc Dankali, du nom d’une des tribus locales, à moins de 8 miles. La mer est belle et nous voici vite sur la zone. On s’y met, en lançant sur et autour des bancs de poissons fourrages. Il fait déjà très chaud, trop chaud, une heure se passe : rien, déjà deux litres d’eau bue et de la fatigue. Ca épuises sacrément de lancer avec ces cannes puissantes de 60 à 80 lbs auxquelles on n’est pas habitué et de manier ces poppers qui poussent ½ mètre cube à chaque tirée. Eric lui n’a pas l’air fatigué pour un sou, il nous encourage encore une fois. J’envisage de plus en plus sérieusement la pause quand ça y est, un bouillon énorme à 40 m là-bas, derrière le popper, je m’arrête comme je peux, fébrile, et comme au bar, je redonne une bonne tirée : schwahoufff, ça y est, pendu, ah la vache, quelle puissance, quelle force, c’est quoi ce bus ? « Tire, mais tire » me dit Eric, « Mets ta main là, en haut de la poignée de ta canne ». De toute façon il n’est pas question de lâcher, et après quelques minutes qui me paraissent des heures, la voilà au bateau, argentée dans l’eau transparente, avec sa belle gueule de brute méchante. Hop, à bord ! 15 kilos peut être, je lui en aurais donné 50 …

Et la voilà repartie. Je suis bien sûr en nage, comme tout bon touriste qui vient de prendre sa première Ignoble un peu sérieuse, mais je n’ai qu’une envie, c’est de remettre ça. J’en reprendrai une autre du même gabarit ce matin-là, plus quelques carangues à points jaunes plus petites mais jolies comme tout, très bagarreuses, et nous verrons Eric en mater quelques unes aussi, en quelques minutes et en souriant, sans avoir l’air de trop forcer. Nous en pêcherons 12 à nous trois ce premier matin là. Retour au campement vers 11h après un bain merveilleux tellement il a fait du bien, devant une plage de sable blanc. Retrouvailles au comptoir devant une pression fraîche et bienvenue, échange de nos impressions, chacun raconte et raconte encore.

C’est comme ça que se sont déroulées nos journées de pêche. L’après-midi, quand la température commençait à baisser, on remettait ça, de 16h à 19h environ, sans aller bien loin, sur les plateaux et les tombants autour des îles. Il m’a fallu un peu de temps pour comprendre comment ça marchait, notamment ce que ça voulait dire, un frein réellement serré, qui permette de brider les poissons et qui les empêche de filer entre les coraux coupants. Quelques expériences malheureuses aussi, comme ce grand barracuda du deuxième jour qui avait attaqué mon Surface Bull et qui, arrivé un peu vert au bateau, m’a surpris en plongeant sous la coque : crack ! a fait la canne en tapant sur le plat-bord. Encore désolé pour ce matériel que tu m’avais prêté Stéphane, et merci Eric de m’avoir dépanné avec ta trique qui les a bien matées, finalement.

Et bien sûr, plein des souvenirs extraordinaires. Comme ces oiseaux que nous voyons plonger sur une mer d’huile et vers lesquels nous nous dirigeons pour nous apercevoir que ce sont en fait des thazards en chasse. Ils se projettent comme des dingues dans les bancs de fourrage et continuent à claquer des mâchoires derrière leur poissonnet en sautant tout droit dans le ciel, pas à 1 m ou 2 au-dessus de la surface, mais bel et bien à plus de 5m. Quel plaisir de combattre ces poissons de 15-20 kilos en pleine eau sur le matériel de 30 livres (speed master 2m70, 25 à 125g accompagné de spheros 8000 et de tresse Asso dynema 30lbs) …

Un autre jour en voilà un qui saute et rate mon leurre à 10 m du bateau, allez on continue à animer le GT Minnow sans trembler, et le voilà qui saute et qui rate encore, quel spectacle, il va finir par atterrir dans le bateau celui-là, tout ça sous les encouragements enthousiastes de Gérard qui se régale du spectacle. Ca y est, ce coup-ci il l’a choppé, le voilà qui s’envole avec mon leurre dans le bec, quel image : suspendu dans le ciel une fraction de seconde, il retombe, je l’accompagne et c’est parti pour la corrida. Plus de 20 kilos, c’est joli pour un thazard, même si cette fois sur la 80 livres (canne shimano lesath xxh + stella 20000 FA) ils ne fait pas trop longtemps le malin.


Mais ce qui me manque déjà et qui était trop bon, ce sont ces dérives proposées par les marins Mohammed, Farran ou Hussein, sur les plateaux, à moins d’un mile des îles : on lançait et on animait dans les couloirs entre les patates de corail et les récifs submergés, dans l’eau verte un peu plus profonde et parfois on se disait « là c’est beau, là c’est pas mal, si j’en étais une … » et justement : un sillage prometteur, une attaque énorme et, explosion en surface, on se retrouve attelé à une de ces ignobles magnifiques. Ca je dois dire que j’y regoûterai bien, même si parfois c’était un peu terrible, comme ce poisson qui a attaqué violemment mon GT minnow à la tombée de la nuit, sur un frein réglé serré à cause de la profondeur faible : départ  ultra-violent qui me jette à genoux dans le bateau. Je me suis quasiment rattrapé avec les dents sur le plat-bord et j’ai eu longtemps mal aux genoux mais je l’ai eu, cette carangue de 33 kg qui, en attaquant ou en se décrochant, s’était « cravattée » entre les deux pectorales et qui s’est battu comme si elle pesait le double. J’entends encore Eric en rigoler mais sur le coup je n’en pouvais plus guère, il ne m’aurait pas fallu le même poisson dans la foulée …


Outre les Ignobilis, les vedettes locales bien sûr, nous avons capturé des thazards dont j’ai parlé, 2 ou 3 autres espèces de carangues, des barracudas, diverses espèces de mérous, des lutjans rouges magnifiques, quelques liches jusqu’à 15 kilos, des petits thons et diverses espèces de lutjans plus petits, de grandes orphies aux yeux bleus, vu des dauphins, des tortues, un requin pèlerin, des balbuzards, aperçu également sauter un voilier, avons secouru au large d’Obok des locaux dans leur barque qui dérivaient depuis 3 jours dans le golf, sans eau…


Un grand merci pour finir aux marins qui, dans des styles différents, se sont toujours débrouillés pour nous faire trouver le poisson, ainsi qu’au personnel sympa de l’agence Atta, souriant et efficace, que ce soit au bar ou à la cuisine. Organisation impec enfin de Safari World Image, rien à redire. Merci également à notre guide Eric, sur qui repose une grande part de la réussite du séjour, et qui en plus de ses qualités de pêcheur, sait fédérer un groupe et faire régner bonne humeur et enthousiasme dans toutes les situations. Il resterait bien sûr à essayer le jigging, sur la base d’un bon repérage GPS, et aussi pourquoi pas à fouetter un popper ou une imitation emplumée d’alevins ou de crevette, a marée basse sur les plages peu profondes autour des îles. Ce sera peut être pour la prochaine fois.

Stephane (Calvados)

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